Zenfolio | EMMA GODEBSKA | statement

 

(english version underneath)

 

  De l'accumulation à l'épure

L’œuvre protéiforme d’Emma Godebska s’articule autour de deux pratiques différentes et complémentaires qui se nourrissent et s’enrichissent mutuellement : l’installation et la peinture. La première s’inscrit dans un temps long, s’étalant souvent sur plusieurs années, allant de la collecte à la mise en forme puis à la mise en relation des multiples éléments constitutifs de l’installation finale. La pratique picturale permet quant à elle en contrepoint à l’artiste de « se parcourir », comme l’a si justement dit Henri Michaux1, de sonder les émotions qui la traversent, de privilégier le geste, le déploiement des énergies et des élans vitaux qui l’animent.

Née dans une famille d’artistes, Emma Godebska a étudié les arts appliqués à Londres. Sa formation l’amène à travailler sur les matériaux, les textures, les couleurs, à conduire une réflexion autour de l’empreinte et de la trace et à explorer les questions qu’elles sous-tendent, le temps, le corps, la mémoire. 

Ces deux dernières années, Emma Godebska explore une voie nouvelle, opposée techniquement, où la quête de l’essence de la peinture passe désormais par la recherche d’un geste épuré et d’un langage pictural minimal. Les questions du corps, de la trace sont toujours à l’œuvre. Cependant il ne s’agit plus de cette transe des gestes que l’artiste déployait auparavant pour questionner le pictural, mais d’un besoin d’aller à l’essentiel de se centrer sur l’ici et maintenant, de capter une lumière, une sensation, un instant. 

Elle travaille sur papier blanc laissant le plus souvent les fonds vierges, jouant volontiers avec la texture du papier qui interagit avec la couleur. Elle aborde cette dernière de manière monochrome dans des tonalités claires, en jouant de la dilution de la peinture, en exploitant les effets de transparence ou l’accumulation des pigments. Elle privilégie la fluidité de la matière et recherche dans son geste, l’équilibre entre tension et relâchement, concentration et spontanéité pour atteindre à la justesse de la composition.

 La peinture s’inscrit toujours au centre du support, flottant dans l’espace, les marges restant blanches. Le dessin central s’apparente à un signe calligraphique. La superposition des éléments et les effets de densité sur les bordures et de transparence au centre du motif, donnent au dessin une dimension sculpturale, l’illusion de volumes flottant dans l’espace. On retrouve également la notion de lien chère à l’artiste, les plages de couleurs ne sont jamais juxtaposées ni espacées, mais reliées les unes aux autres créant plusieurs plans et une profondeur qui parle autant de l’espace que du temps.

Ces œuvres dans leur simplicité formelle placent le regardeur face à sa propre capacité d'émotion et d'expression et l’invitent à un voyage spirituel.

 

Martine Guillerm

1) Henri Michaux "J'écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l'aventure d'être en vie" dans Passages (1950)

 

 

 

    From accumulation to simplicity

The protean work of Emma Godebska is axed around two different yet complementary practices that feed and enrich each other: installation and painting.

The first is set in a long period, often spread over several years, going from collecting to constructing, right through to the final installation that links all the elements together.

Its counterbalance is the pictorial practice: it allows the artist to browse and probe her emotions, to favour the gesture, the deployment of energy and vital surges that animate her.

Born in an artistic family, Emma Godebska studied Applied Arts in London. Her training led her to work on materials, textures and colours, to build a reflection around the notion of Imprint and Trace and to explore their underlying questions: time, body, and memory.

For those two last years, she has been exploring a new path, technically different, where the quest for the essence of painting passes through a purified gesture and a minimal pictorial language. The issues of Body and Trace are still predominant. However, you don’t see here the gestural trance that the artist displayed previously in order to question the pictorial, but rather a need to go to the essential and to centre herself on the Here and Now, to capture a light, a feeling, a moment.

She works on white paper, usually leaving the background pure, happily playing with the paper texture that interacts with the paint. She tackles the latest in a monochrome manner, playing with the paint dilution, exploiting its transparency effects, or its pigment accumulations.

She emphasizes the fluidity of the material, and looks in her gesture for a balance between tension and slackening, concentration and spontaneity, in order to reach the equilibrium of the composition.

The result is centred on the page, floating in a white space. The central painting feels like a calligraphic sign. The superimposition of its elements and the contrast between the density effects on its edges and the transparency at the centre give a sculptural dimension to the composition, the illusion of volumes floating in space.

The notion of connection that is so important to the artist is also found here: the elements are never separated, but are always connected with one another, thus creating several layers and a depth that tells as much about space as about time.

In their formal simplicity, these art works confront the viewer with his own emotional expressiveness, and invite him into a spiritual journey.

 

Martine Guillerm